Elle était rentrée de retraite il y a peu. Elle vaquait vaguement à quelques occupations, faire un tour en caserne, envoyer des courriers par acquis de conscience histoire de s’assurer que les intendants qu’elle avait nommés sur ses terres languedociennes soient toujours aussi efficaces. Pas grand-chose finalement. Quand elle reçut une missive portant le sceau du Languedoc. Une note brève mais explicite. Le Coms la convoquait, elle devait aller à Montpellier.
Le temps de régler deux trois broutilles, de prévenir qu’elle s’absentait quelques temps, elle se mit en route à dos de canasson. Pas la peine de partir avec voiture et tout, elle pouvait s’arrêter à Agde, de manière à arriver de façon à peu près présentable au château ensuite.
Ce fut chose faite. Elle arriva à Montpellier en voiture, vêtue d’une robe violet sombre, presque noire. Ses manches longues cachaient en parti ses mains. Elle jouait machinalement avec leur dentelle quand elle ne triturait pas les lacets de son corsage. Le gens de son domaine bien que n’ayant rien dit l’avait regardée avec une mine étonnée. Après tout, elle était entrée comme une vagabonde ou presque, et ressortait en dame, leur dame.
Mais elle l’avait voulu. Ce n’était pas vraiment elle ainsi, c’était mieux que ce soit une étrangère qui aille dans ce château.
Elle présenta la missive du Coms aux gardes, faisant évasivement non de la tête quand on lui demanda si elle voulait qu’on lui indique le chemin.
Parcourir les couloirs, écouter le brouhaha ambiant… si l’habit ne fait pas le moine, au moins ainsi personne ne lui demandait ce qu’elle faisait ici, c’était tant mieux. Elle n’était pas d’humeur à parler. Enfin elle arriva devant une salle qui semblait avoir été récemment aménagée. Elle entra après un signe de tête à celui qui montait la garde.
Enduril était là. Il y avait peu ou pas d’autres personnes, elle n’y prête guère attention. Elle sourit à son Coms et s’inclina en guise de salut avant de s’approcher plus avant et d’écouter ce qu’elle avait à lui dire, de savoir pourquoi elle avait été convoquée.
Si on pouvait reconnaître une chose à Enduril, c’est qu’elle était tenace. Cela allait bientôt faire un an qu’elle avait eu le malheur de porter la couronne du Languedoc. Elle doutait que son successeur ait su les usages qui font confirmer une grande croix, elle ne le lui avait pas rappelé non plus, elle ne voyait pas pourquoi.
Elle regardait Enduril sans ciller. Ses derniers mots résonnaient dans sa tête. Un fantôme de sourire ironique s’étira sur ses lèvres. Un autre s’était servi de cela, « des conseils », pour l’enchainer aux terres languedociennes. Elle ressentait toujours le poids de cette baronnie, était pourtant incapable de s’en défaire, c’était un souvenir trop cher.
Le silence s’éternisait dans la salle, c’était à elle de le briser.
Mon cher Coms, ce que j’ai fait alors pour le Languedoc, c’était avec plaisir, en espérant que cela lui soit utile.
Je suis honorée que vous me remettiez cette Grand Croix. Soyez assurée qu’elle me rappellera ce que nous avons fait alors… quand nous nous sommes toutes deux connues maires de Mende et d’Alais, et que nous avons fait un long chemin ensemble, au gré de différents conseils.