Castèl de Montpelhièr


 
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 [Religion / Justice] Inquisition, chasse aux sorcières

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MessageSujet: [Religion / Justice] Inquisition, chasse aux sorcières   Sam 13 Mar 2010, 23:23

L'Inquisition


Je vais décrire ici la Sainte Inquisition ou Saint Ordre. Cette vénérable et puissante institution ne ressemble pas aux préjugés que l’on en a et la plupart des inquisiteurs n’ont jamais vu une sorcière de leur vie… C’est avant tout une police de la foi destinée à éliminer toutes formes de déviance par rapport au Credo de l’Église, et indirectement vis-à-vis de la société. Elle enquête (le terme inquisition signifie enquête) et conduit des procès.

Les origines

Si les Chrétiens des premiers siècles furent pourchassés par le pouvoir romain, c’est qu’ils représentaient une menace pour l’ordre établi. Si les pratiques religieuses étaient relativement libres dans l’Empire, elles ne devaient en aucun cas représenter une menace pour le pouvoir politique.
Ce bon principe fût directement récupéré par les premiers empereurs chrétiens (Constantin au 4e siècle). Ainsi sous Theodosius le second, tout hérétique risquait la prison, la confiscation des biens et même la mort. En 407, un décret précisa même que l’hérésie était assimilable à la trahison.

L’empereur byzantin Justinien décidant d’uniformiser la foi dans l’Empire arrivé à faire mettre à mort près de 100 000 hommes pour hérésie ou paganisme.

Cependant, la plupart des autorités religieuses avaient encore quelques scrupules à préconiser l’usage de la force dans les cas d’hérésie et préféraient avoir recours à l’excommunication ou à la prison.

À l’approche de la fin du premier millénaire, si la violence était parfois utilisée, la chasse aux hérétiques n’était ni une priorité ni activité organisée pour l’Église. La plupart des jugements et des châtiments étaient confiés aux autorités laïques et non religieuses.
Même lors du quatrième concile de Latran (1215), l’exil et la confiscation des biens restaient la solution recommandée pour les cas d’hérésie. Quant à la magie et aux démons, ils n’étaient pas une grande préoccupation pour l’église.


La croisade Albigeoise

C’est la montée en puissance du mouvement Cathare qui força l’Église à prendre une position officielle et systématique sur l’hérésie. Les Cathares (ou Albigeois) croyaient en la dualité de la Création et reprenaient les thèses des Manichéens (hérésie chrétienne des premiers siècles). De plus, ils rejetaient l’enrichissement de l’Église et le droit de l’État à lever l’impôt. Bref, ils constituaient une grande menace pour l’ordre social établi. (Leur concentration géographique dans le Sud de la France, provinces qui étaient assez rebelles au pouvoir royal, les plaça sur l’échiquier politique du mauvais côté…)

Le Pape Innocent III (1198-1216) ordonna une croisade contre les Albigeois hérétiques en octroyant les mêmes indulgences aux chevaliers qui combattraient les Cathares qu’à ceux combattant les Mahométans (Droit de piller, violer et tuer sans risque de damnation, purification des péchés et des « erreurs » antérieure).
L’Empereur Frédérique II (Saint Empire) en 1224 mit en place des Inquisiteurs pour chasser les hérétiques en Italie et en Sicile et remit au goût de jour une ancienne loi romaine prévoyant la peine de mort pour les hérétiques.

Finalement, en 1229, le Concile de Toulouse édicta un décret incitant les évêques du Sud de la France à établir des comités qui dans chaque paroisse auraient pour but de traquer et découvrir les hérétiques. Leurs propriétés furent confisquées et leur destin mis entre les mains de cour ecclésiastique.

La Sainte Inquisition devint une institution de l’Église Romaine catholique en 1231 quand le Pape Grégoire IX confia à l’Ordre des Dominicains, jeune, mais très actif, la tâche de supprimer l’hérésie.
Il édicta la même année « L’Excommunicamus » qui met en place l’instauration de cours spéciales pour juger et condamner l’hérésie.

Les hérétiques repentants seraient punis d’emprisonnement à vie, les autres subiraient la peine de mort.

En 1232, le pape Grégoire IX dessaisit les tribunaux épiscopaux, qu'il juge trop complaisants, pour confier la responsabilité des enquêtes aux frères prêcheurs (dominicains) auxquels les franciscains seront plus tard associés. Ils ne dépendent que du pape. On verra le terrible inquisiteur champenois Robert le Bougre être suspendu en 1234, remis en fonction en 1235 et définitivement démis de ses fonctions et condamné en 1241.

La torture fût autorisée en 1252 par Innocent IV. Ce dernier l’imposa même aux podestas (chefs magistrats) comme moyen de confession de l’hérésie dans les cités italiennes. D’abord confiée aux laïques, la torture fut confiée aux inquisiteurs en 1262.

Les pratiques de l’Inquisition

La justice de l’Inquisition est dotée de pouvoirs largement étendus par rapport aux juridictions normales. Premièrement, les inquisiteurs pouvaient convoquer n’importe quel suspect. Les convocations étaient soit données de manière privée soit annoncées pendant la messe dominicale. Si le suspect ne venait pas se présenter au bout d’un an, il était définitivement considéré comme hérétique.

Déroulement du procès :
Les suspects doivent prêter serment de témoigner sans mentir même contre eux. Les témoignages de tiers sont acceptés même de personnes non autorisées habituellement (criminels, excommuniés, etc.). De plus, point d’avocat ou de clerc pour assurer leur défense. L’Excommunicatus de Grégoire IX interdit aux accusés d’en appeler au Saint Siège.

Un suspect qui mentait pendant son audition était systématiquement emprisonné.

Après une audience publique, si le suspect reconnaissait son hérésie, il recevait généralement le pardon de l’Église et était soumis à une peine allant du pèlerinage à l’emprisonnement en vie. De l’autre coté, les fortes têtes qui ne voulaient point de reconnaître leur hérésie étaient condamnés à mort. Comme les lois canoniques empêchaient l’Église d’appliquer de tels châtiments, la peine était confirmée et exécutée par une cour laïque.

La peine capitale prenait généralement la forme d’un bûcher…

Déroulement d’un interrogatoire :
Aux cotés de l'inquisiteur, quelques officiels diocésains, le greffier, et autres justiciers en robes. L'accusé prête serment sur les évangiles, puis décrit son état civil, sa vie, sa famille, ses amis, il précise ensuite la date de sa dernière confession.

Les tortures sont variées et dépendent de l’inquisiteur. Conrad de Marbourg et Jean Galand furent particulièrement cruels alors que le Frère Wiliam, franciscain, confesseur du roi d’Angleterre, n’appréciait pas de recourir à telles extrémités (cf. Au nom de la Rose)
L'inquisiteur peut employer toutes les ruses notamment le Mouton qui occupe la même cellule que l'accusé dont la mission est de le faire parler. Dès lors, on pratique un trou dans le mur pour écouter attentivement la conversation. Lors de l'interrogatoire, le mensonge est autorisé et même recommandé, tous les moyens sont bons, un seul but confondre l'homme, obtenir ses aveux.

L’Inquisition se répand

Les Albigeois ne furent pas les seuls à subir des persécutions pour hérésie : les Vaudoins, les Béguins, les Fraticelli, les Spiritualistes…

Les Templiers au début du 14e siècle furent dévorés par les flammes de l’Inquisition.

L’inquisiteur de France, Guillaume de Paris, confesseur du roi Philippe IV, précise à tous les prieurs dominicains de recevoir et d’interroger au plus tôt les Templiers qui leur seront amenés (1000 Templiers seront torturés à Paris, 36 moururent pendant les interrogatoires, 138 reconnurent tous les chefs d’accusations et les autres avouèrent partiellement. 54 Templiers sont condamnés à mort, et sont brûlés vifs le lendemain tout en se déclarant innocents. Bossuet écrivit à leur propos : "Ils avouèrent dans les tortures ; ils nièrent dans les supplices et à l'heure de la mort."

L’histoire veut que l’homme derrière l’arrestation des Templiers soit Guillaume de Nogaret, petit fils de Cathares martyrisés, et fidèle serviteur du Roi. Il oeuvra aussi pour la chute du Pape Benoît XI qui fut remplacé par le français Clément V. Ce dernier n’eut pas un rôle actif dans cette affaire et il abandonnera les moines de l'ordre du Temple aux bourreaux de Philippe le Bel. Les inquisiteurs français agirent pour leur propre intérêt et non par ordre pontifical.

Les Juifs et les musulmans étaient aussi des hérétiques pourchassés (principalement en Espagne pendant la Reconquista).

Accessoirement les démonistes, adorateurs de Satan, déviants sexuels ou tout rebelle à la société furent rajoutés à la liste.

L’Empereur Charles Quint établit l'Inquisition aux Pays-Bas en 1522.

Au niveau géographique, les premiers feux de l’Inquisition concernèrent la France et l’Italie. Ensuite l’Allemagne puis l’Espagne.
L’Angleterre ne fût touchée que par la purge des Templiers. Rappelons que dès le début du 15e siècle, l’Église d’Angleterre (avec John Wyclif) commence à prendre ses distances avec l’Église Romaine. Le schisme sera entériné en 1534 quand Henri VIII devient le seul chef de l’Église d’Angleterre pour pouvoir divorcer en toute tranquillité.

Les premiers bûchers flambent en Allemagne, en Italie, en France.
Face à des évêques d'une inégale rigueur et à un fanatisme populaire qui ne recule pas devant les exécutions de masse, Lucius III crée une sorte de police européenne de lutte contre l'hérésie et toute résistance à l’ordre établi qui se révèle très efficace (Galilée et Copernic en seront victimes).

L’Inquisition Espagnole

Bien que tardive, l’Inquisition espagnole devint l’une des plus célèbres en devenant un État dans l’État. Les inquisiteurs se donnèrent de nombreux droits, dont celui de porter des armes…

Elle sera instituée (1478) à la demande des souverains Espagnols Ferdinand et Isabelle qui veulent s'assurer de la sincérité des convertis juifs (conversos) et maures (morisques) parce qu'ils veulent faire de l'unité de la foi le ciment national. Ils obtiennent que l'Inquisition ne dépende plus du pape, mais d'une instance espagnole.
Tomas de Torquemada, un dominicain, devint Grand Inquisiteur d’Espagne et centralisa toutes les actions de l’Inquisition en Espagne. Il écrivit les instructions .

Torquemada précisa les travaux de ses prédécesseurs : Bernard Gui (« Au nom de la Rose »), Nicolas Eymerich d'une façon extrêmement pointue. Le principe était fort simple, l'Inquisition était le dernier rempart face à un monde de pécheurs et de pêchés.

Elle s'intéressa à la bigamie et à la sodomie, mais surtout aux sorciers, les adorateurs du démon, elle y joindra les avorteurs et les blasphémateurs, mais son principal gibier fut les athées, les juifs et les Maures. Convertir un chrétien méritait la peine de mort et le bourreau de la chrétienté n'était autre que Torquemada .

La torture permet d’obtenir toujours des confessions. Les moyens les plus connus sont encore les plus surs, flagellation pour les femmes, l'estrapade, l'eau et le feu pour les hommes...
Torquemada, cet homme étrange, l'égal d'un roi disposant d'un pouvoir sans limite vivait en toute pauvreté, mais la confiscation des biens des hérétiques revenant au Saint Office était colossale.

Cinquante cavaliers, deux cents hommes à pied, tous bien armés escortés en permanence Torquemada, nul n'osait lui résister.

L'une des plus grandes affaires fut celle de Santa cruz, elle montra une fois de plus la puissance de cet homme.

L'Inquisition venait d'arrêter un simple soldat, Domningo de Santa Cruz, le capitaine général estima que cela relevait des tribunaux militaires, il ordonna donc de saisir par tous les moyens le soldat enfermé dans les geôles de l'Inquisition. C'était mal connaître Torquemada .
Aussitôt les inquisiteurs adressèrent une plainte à la Suprema , on ordonna au capitaine général de comparaître, ce dernier ne put qu'obéir, il demanda humblement l'absolution, le pardon...
Le nombre des adversaires de Torquemada ne cessa d'augmenter, peu à peu il fût dessaisi, mais jusqu'à sa mort il aura été le moteur central, le rouage essentiel de l'Inquisition espagnole.

Ses dernières instructions sont de 1498, en cette année il réussit a avoir le dessus sur l'évêque d'Amanda.
À son heure dernière, 8800 personnes avaient été brûlées, 6500 en effigie, 90 000 condamnés à des pénitences diverses et un million de personnes chassés du pays.

L'Inquisition menacera également le jeune Ignace de Loyola fondateur de la Compagnie de Jésus.


Sorcières et Démons


En 1484, le Pape Innocent VII édicta le Summis Desiderantes Affectibu et les sorcières devinrent des éléments indésirables pour la société. L’Inquisition pouvait donc s’en occuper…


Citation:
« [...] Récemment, en effet, il est parvenu à nos oreilles, non sans nous causer grand peine, que, en certaines régions de la Germanie supérieures comme dans les provinces, cités et territoires de Mayence, Cologne, Trèves, Salsbourg et Brême, maintes personnes de l'un et l'autre sexe, oublieuses de leur propre salut et déviant de la foi catholique, se sont livrées elles-mêmes au démons, succubes et incubes : par des incantations, des charmes, des conjurations, d'autres infamies superstitieuses et autres excès magiques.[...]
Nous donc, désirant, comme il incombe à Notre Charge, écarter tous les obstacles quels qu'ils soient qui pourraient retarder de quelque manière l'exercice des Inquisiteurs eux-mêmes et pourvoir par des remèdes opportuns à ce que la souillure de la perversion hérétique et autres excès de ce genre ne diffusent pas leur venin pour la perte des autres innocents.[...] «
En 1486, les Inquisiteurs Dominicains Henry Institoris et James Sprenger publient le Malleus Maleficarum, ou Marteau des Sorcières, un ouvrage décrivant les techniques d’investigation et de luttes contre les sorcières. Cet ouvrage servit pendant plus de deux siècles aux inquisiteurs et aux chasseurs de sorcières laïques (il y en eut beaucoup dans le Saint Empire et en Angleterre…). Ce fut le principal traité de démonologie publique et de nombreux théologiens comme Jean Bodin (qui fut aussi économiste !) le commenta et l’actualisa.

Les chasses aux sorcières connurent surtout du succès en Europe du Nord et l’Inquisition de l’Église ne fût pas la plus virulente… Les laïques furent très actifs (à tel point que la constitution des bûchers posa de graves problèmes de défrichement et des réglementations furent bientôt mises en place pour préserver les forêts !). Les sorcières étaient souvent des riches veuves dont les propriétés étaient convoitées par le bourgmestre ou bien de jeunes femmes qui n’avaient point d’époux et dont les charmes étaient convoités sans succès…

Les grands procès de sorcellerie commenceront au XIVe siècle (celui de Gilles de Rais en 1440) et atteindront un point culminant au XVIIe siècle (affaires de Loudun, Louviers, Nancy...). À tel point que le pape Urbain VIII recommande la prudence en 1637 dans la poursuite des sorciers et sorcières.


Conclusion

L'Inquisition ne fît un grand nombre de victimes que lorsqu’elle était aux mains des princes et des rois (Croisade Albigeoise, Éradication des Templiers, princes du Saint Empire, Inquisition Espagnole…). En effet, l’Inquisition était en effet avant tout un processus judiciaire et les données historiques semblent indiquer que 90% des accusés étaient relâchés après des peines légères.

Document de l'Université.
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MessageSujet: Re: [Religion / Justice] Inquisition, chasse aux sorcières   Sam 13 Mar 2010, 23:25

La chasse aux sorcières



Introduction

À la fin du XVIème et au début du XVIIème siècle on peut véritablement parler d’une épidémie de chasse aux sorcières qui se déclenchera en Europe. L’Europe du Nord sera durement touchée, le Nord, l’Est de la France, les Pays-Bas, l’Allemagne Rhénane et la Lorraine. Le contexte historique est prépondérant dans ce phénomène, notamment pour les facteurs religieux et politiques. Les guerres de religion ont fait rage jusqu’à la fin du XVIème siècle marquant les esprits, notamment juste après la Saint Barthélemy, où des accusations contre un nombre infini de sorciers ont fusé. La concurrence entre les deux Églises, catholiques et protestantes, provoque une émulation dans la christianisation de masse. La Contre-Réforme catholique souhaite supprimer les tentations paganisant des ruraux en installant un catholicisme de terreur. On note aussi une coïncidence entre la fin des procès d’hérésie et le début du phénomène de chasse aux sorcières. Ces évènements sont aussi liés au contexte politique et au mécontentement populaire. Au royaume de France, une crise économique et sociale s’installa avec la guerre civile, avec une hausse des prix entraînant des famines au sein de la population, sans oublier les exactions commises par les troupes et les lourds impôts levés par le roi et les seigneurs. Des révoltes populaires se formèrent. La géographie de la chasse aux sorcières rencontre assez bien celle des révoltes rurales, surtout dans les régions périphériques du royaume.


La victime principale : la femme

Suivant les régions, les procès de sorcellerie concernent pour 80 à 90 % des accusés des femmes entre 1580 et 1680. D’après le Marteau des sorcières, ( ouvrage de démonologie écrit par SPRENGER et INSTITORIS, deux moines dominicains et parus à Strasbourg en 1486), Satan traque de préférence les individus lui offrant les défaillances dont il saura profiter. Mais d’après ce Marteau des sorcières, la femme occupe le premier plan de tous ceux que le diable guette et obsède. Elle y apparaît, en effet, comme “ l’associée idéale des entreprises diaboliques, la servante de Satan, celle par qui arrivent les maléfices dont les hommes et le monde sont accablés. ” Dans ce monde bipolaire de l’Ancien régime ( homme / femme), la femme ( et à plus forte raison la sorcière ), n’est jamais saisie comme différente de l’homme, mais comme radicalement inverse. La nature féminine est, elle, définie par une addition de traits négatifs venue de l’Église ; Tentatrice, pécheresse par nature, référence à Eve, etc.… Cette addition nourrit la sorcellerie. L’homme désigne ainsi en elle l’absence où viendraient se loger toutes leurs peurs et toutes les menaces qu’ils croient peser sur le monde. Le profil type de la sorcière est la vielle gardienne des traditions païennes et non acceptées par l’Église (voir paragraphe suivant) ou la jeune fille tentatrice de la chaire procédant ainsi à une véritable répression sexuelle.


La sorcellerie populaire

Au fond, les villageois ne cherchent pas les sorciers pour les mêmes raisons que les magistrats et les élites. À l’origine, le sorcier est issu d’une croyance populaire et non d’une relation avec le Diable.
En effet, la culture populaire intègre d’innombrables croyances. La conception paysanne, ce phénomène est restreint au monde campagnard, cherche à expliquer magiquement la vie, la mort ou les maladies. Elle place sur le même plan le recours aux saints guérisseurs et la magie thérapeutique. Le sorcier, est quand à lui, toujours selon la religion rurale, détenteur d’une magie destructrice, c’est un faiseur de maléfices. Ces accusations sont la cristallisation de craintes liées aux malheurs que les villageois retrouvent fréquemment, notamment la mort prématurée de jeunes enfants, la mort inopinée de bêtes, les mauvaises récoltes, les maladies ou encore les envoûtements. Ainsi, les paysans parlent de leurs hantises habituelles, une personne mal aimée et mal vue du village devient souvent le bouc émissaire des maux paysans, et deviendra le sorcier ou la sorcière à chasser. À l’inverse des sorciers, on retrouve les guérisseurs et autres devins qui eux servent à protéger les individus et servent accessoirement, en ces temps reculés, de médecins et de prêtre. En effet, le médecin scientifique ou le prêtre bien formé ne fréquentent guère les sentiers boueux de la campagne à cette époque. Le devin-guérisseur dispose d’un savoir efficace aux yeux de ces concitoyens. Il a recours aux saints guérisseurs, emprunt à un mélange de christianisme et de paganisme avec chaque saints qui a sa spécialité. Ils utilisent aussi de nombreuses recettes secrètes composées de mélanges de produits en tout genre souvent très fantaisistes. Des rites accompagnent ces concoctions.
Enfin, tout cela est préparé dans un but curatif, pour repousser la mort et guérir les maladies. Néanmoins, la distinction entre devin et sorcier est pourtant loin d’être net pour les villageois comme pour les élites, par exemple dans le texte la guérisseuse est jugée pour sorcellerie. Mais le guérisseur n’était certainement pas automatiquement assimilé à un sorcier, contrairement à ce que l’Église va décider avec la Contre-Réforme. En effet, ces guérisseurs faisaient concurrence aux prêtres et propageaient des valeurs païennes. Avec la Contre-Réforme, très présente en Lorraine, la frontière entre guérisseurs et sorcier disparaîtra, le devin deviendra un criminel maléfique aux yeux de la loi.
Les élites culturelles et sociales avaient décidé l’éradication de toutes les superstitions paysannes appelant désormais démoniaque ce qui relevait pour les villageois d’une conception magique et animiste de l’existence. Désignant ainsi un bouc émissaire ; La sorcière, servante du Diable.


La sorcellerie Diabolique

Le diable est une création de l’Église. Il apparaît largement avec la Contre-Réforme catholique qui recherche la christianisation en masse de la population rurale. Elle instaure ainsi le Diable et divers démons incarnant le mal absolu et aboutissant à un catholicisme fondé sur la peur. L’homme peut être maintenant tenté par le diable. Les juges et autres élites interprètent à partir de ce changement tous les agissements païens et non conformes comme des agissements de Satan. La sorcellerie démoniaque est née. L’impulsion venant du haut de la société. Une grande chasse aux sorcières s’ensuivra dans les années 1580 menant à la persécution de milliers d’hommes et surtout de femmes.
Un modèle démonologique de la sorcellerie se construit peu à peu.
L’Église et des Laïcs définissent le corps de la doctrine démonologique avec l’écriture de bulles Pontificales et la floraison de traités de démonologies en tout genre, on peut citer le célèbre « marteau des sorcières » rédigées par deux moines dominicains. Une théorie venant de la pratique inquisitoriale se développe rapidement pour le cas des sorcières : l’appartenance à une secte diabolique. Les magistrats en charge de juger étaient peu à peu persuadés de l’appartenance de l’accusée à une secte satanique. Le sorcier diabolique avait selon les juges une marque de ce pacte sur le corps. Le sorcier fait un contrat avec le Diable. La marque diabolique est censée avoir été imprimée par le démon à un endroit quelconque du corps du sorcier. On reconnaît le signe du démon à son insensibilité. On entend aussi parler du sabbat, une sombre invention de l’Église. Le sabbat est une messe diabolique célébrée par la prêtresse démoniaque qu’est la sorcière. La messe diabolique est une messe inversée où toute la liturgie est modifiée.
D’après les témoignages, le sabbat se passe la nuit, près d’anciens sites antiques, les sorcières s’y rendent en volant avec leurs balais.
Il y a généralement un grand banquet avec des mets ignobles, s’ensuit des danses qui se terminent en une sorte d’orgie sexuelle. La sorcière a ainsi une relation charnelle avec le Diable. Le diable est souvent représenté avec des cornes, des griffes et une queue. Le sabbat est un mélange de détails réalistes et fantastiques enracinés dans le folklore régional, ces caractéristiques dépendent beaucoup des régions. L’Église piégea littéralement les campagnards en jouant sur leurs peurs, les
villageois dénoncèrent, pour s’innocenter, les guérisseurs, sorciers et tous individus marginaux à leurs yeux, créant ainsi une véritable épidémie. Les pratiques magiques et païennes, synonymes maintenant de relations avec le diable étaient forcées de reculer. Le délit de sorcellerie devint un crime religieux des plus graves, un abominable péché, n’épargnant pas les sorcières de la cruauté des juges.


Le jugement

Ainsi, une nouvelle perception de la criminalité définissait délibérément la sorcellerie comme le crime de lèse-majesté divine le plus horrible qui fut au monde. Les modalités de la procédure sont dictées par le Marteau des sorcières pour lequel les participants aux cérémonies diaboliques, pleinement conscients de leur acte, constituaient une engeance redoutable que l’Église et la Justice ont le devoir d’extirper. La procédure en matière de sorcellerie ne suivait pas les doctrines juridiques ordinaires, mais les systèmes établis par les démonologues célèbres dont les juges possèdent les ouvrages ; INSTITORIS et SPRENGER ( 1487 ), BODIN (1580 ), DE LANCRE ( 1612 )…
Après l’arrestation du suspect, l’interrogatoire commençait avec la déposition au secret des témoins. Les juges recherchaient ensuite les indices de sorcellerie prouvant la culpabilité du suspect. Ainsi, la découverte de la marque diabolique, punctum diabolicum, située dans un endroit indolore, que porté tous les sorciers en temps que serviteur du Diable, valait une demi-preuve. Mais le but du magistrat était d’obtenir des aveux pour asseoir leurs accusations. Pour les obtenir, la torture était utilisée. L’interrogation était longue et difficile pour l’accusé qui finissait par avouer ce que le juge voulait obtenir.
Les juges lorrains par exemple, disposaient d’un arsenal à quatre degrés ; grésillons, échelles, tortillons, estrapades. Cependant, la procédure ne donne de ces séances que la transcription des interrogatoires et non les opérations subie par les victimes, ce qui explique que la torture ne soit pas évoquée dans ces extraits de procès. Au terme de l’instruction, le juge complète les indices par l’aveu ; la procédure est achevée. Le bûcher n’est pas loin. En l’absence d’édits royaux et comme suite à la naissance de la théorie dedémonologie, le système judiciaire touchant la sorcellerie fut défini par la justice laïque comme le plus grave des crimes passibles de la peine du bûcher.


Un but : la terreur

Les interrogatoires avaient lieu de préférence le dimanche ou les jours fériés afin qu’un grand nombre de personnes puisse y assister. La condamnation suivait de prés l’aveu et constituait une simple formalité pour les juges. Ceux-ci, rendaient en plein jour et dans un endroit public leur sentence qui était exécutée aussi rapidement que possible.
En effet, cette sentence était immédiatement exécutable, c’est-à-dire dans les heures qui suivaient sa proclamation. Les seuls délais entre le prononcé de la sentence et son exécution étaient ordinairement ceux que réclamait le bourreau pour dresser un gibet et un bûcher à l’endroit désigné par le juge.


Le bûcher

Une image symbolique forte, d’autant plus puissante aux yeux des juges que chaque procès et chaque bûcher prouvaient qu’ils avaient parfaitement raison, accompagnait ces procès de sorcellerie. Inventée et schématisée par des hommes d’Église à la fin du moyen-âge et mise en œuvre par les juges laïcs, la démonologie a nourri à partir du XVIe siècle une intense chasse aux sorcières. Les autorités civiles appuyées sur les tribunaux s’acharnèrent ainsi pendant plus d’un siècle à vaincre le démon et ses séides. Les magistrats, à travers ces centaines de procès, appliquèrent aux masses paysannes en particulier une véritable pédagogie de la peur pour mieux les déraciner de leurs superstitions ancestrales.


Conclusion

La chasse aux sorcières est principalement une conséquence directe de la Contre-Réforme, qui durcit le catholicisme en amenant le concept du diable et fût sans pitié envers la religion populaire et campagnarde. Le bouc émissaire est tout trouvé : la femme, fille de misère, vieille femme inutile et genre humain très mal vu de l’Église.
Les juges laïques, appartenant à l’élite, furent la main de L’Église pour envoyer au bûcher de nombreuses sorcières, ils étaient les plus réceptifs aux thèses de l’Église et ainsi, éradiquèrent pour un temps les anciennes cultures. La christianisation plus profonde des campagnes était ainsi faite, mais en jouant sur les peurs des populations et avec des méthodes de persuasion regrettables. La fin des bûchers vers 1680 ne marquera en rien la disparition de la sorcellerie populaire, certes ils adhéreront mieux qu’auparavant au sacré orthodoxe, pratiquant toujours la magie, mais elle sera désormais voilée.


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Auteurs : FrèreNico
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